Festival des Cinémas Différents et Expérimentaux de Paris
22ª edición
frenesarit

Noche de cierre - Focus #14

Cinéma Le Grand Action
5 rue des Écoles — 75005 Paris

Tarifa : 5€ (por todos)

Primera parte: La indecible palabra

Programada y presentada por Théo Déliyannis

Proyección del documental experimental de Valie Export corealizado con Oswald e Ingrid Wiener en 1992, The Unespeakable Speaking, sobre las situaciones límites del lenguaje: la afasia, la glosolalia, el balbuceo y la poesía sonora.

Das Unsagbare Sagen (The Unspeakable Speaking)

Valie ExportIngrid WienerOswald Wiener

Austria, 1992
Digital, 45'

Segunda parte: Tu-as-dixo-ké-yo-bía-dixo-kél-bía-dixo-k-sí

“Si somos ciegos de las orejas, ¿podemos escuchar por la boca?” Romane, 4 años

A partir de un corpus de películas y vídeos experimentales re-articulados por ella misma, la artista sonora Johana Beaussart nos embarca en un viaje espacial de sonidos, protolenguaje, letrismo, lirismo y composiciones electrónicas. Una re-lectura de archivos fuerte en colores, para el placer de los ojos, de la boca y de las orejas…

 

Performance inédita

Johana Beaussart

France, 2020

L'indicible parole

Texto del catálogo(solo en francés)

« Je sais pas comment te dire
Ce que je peux pas écrire
Faudrait qu’j’invente des mots
Qui existent pas dans le dico »

Les Inconnus, C’est toi que je t’aime

Afin de conclure en beauté notre thématique, nous projetterons le film méconnu de Valie Export, co-réalisé avec des collaborateur.trice.s de longue date, Oswald et Ingrid Wiener 1. Das Unsagbare Sagen a été réalisé pour la télévision autrichienne en 1992, ce qui explique qu’il ait été moins diffusé que ses autres films. Ce film s’insère au sein d’une période où Valie Export s’est concentrée sur l’enseignement, et pendant laquelle elle a réalisé quatre films pour la télévision.

Le film est composé comme un inventaire établi lors d’un voyage aux confins du langage, sur les limites de celui-ci, lorsque celui-ci fait défaut. Les différentes parties du film montreront les stratégies diverses que l’être humain met en place pour répondre à ses limites de langage.

Toujours, même lorsque le discours de la voix off se fait plus métaphorique et philosophique, l’aspect physique et concret de la voix apparaît au sein du film, que ce soit par des images de cordes vocales, de gorge en mouvement, d’ondes sonores visualisées, etc. La première partie, d’un ton plus scientifique (sans pour autant être didactique), est constituée d’interviews avec des personnes souffrant d’aphasie, un trouble du langage qui empêche de trouver ses mots, de s’exprimer.

Puis, la deuxième partie du film, centrale, s’intéresse aux phénomènes de glossolalie dans les messes pentecôtistes. D’un ton résolument ethnographique, la caméra, et surtout le son, tente d’isoler au sein du bruit constant de la masse, des cas de glossolalie dans la foule.

La dernière partie passe en revue différents actes de parole transcendant le langage : le babillement des jeunes enfants puis la réponse artistique par le biais de la poésie sonore et lettriste.

Théo Deliyannis
1

Oswald Wiener est un artiste, cybernéticien, théoricien des langues autrichien. Ingrid Wiener est une artiste autrichienne. Dans les années 1950, Oswald et Ingrid ont fait partie du Wienner Gruppe, un mouvement littéraire autrichien, puis par la suite ils se sont rapprochés du mouvement actionniste, dont Valie Export faisait aussi partie, avant de quitter l’Autriche car Oswald Wiener était surveillé par la police après sa participation à l’action Art et Révolution à l’Université de Vienne, qui a créé un énorme scandale. Ils se sont par la suite installés à Berlin, où ils ont fondé plusieurs restaurants devenus très populaires dans le milieu artistique.

Tu-a-di-ke-javé-dikel-avé-di-oui

Texto del catálogo (solo en francés)

Je parle, je babille, je gazouille, je hurle, je chuchote, je crie, je susurre, je chante, j’entonne, je gueule, je piaille, je hèle, je grogne, je murmure, je braille, je dégoise, je jaspine, je marmonne, je marmotte, je chevrote, je prononce, je bafouille, j’écorche, je jacte, je bavarde, je déblatère, je vocifère, je beugle, je fredonne, je gémis, j’aboie, je miaule, je mugis, je gringotte, je coquerique, je rouspète, je nasille, je jargonne, je baragouine, j’a-r-ti-cu-leeee, je zézaye, je m’égosille, je glapis, je couine, je sifflote, je hulule, je postillonne, je graille, je molarde, j’expulse, je débite, j’exhale, je débagoule, je profère, je giberne, je jase, je radote, je jabote, je baratine, je laïusse, je bredouille, je déclame, je radote, je gouale, je solfie, je bourdonne, je radote, je chansonne, je jodle, je rabâche, je rognognognonne.

La voix est un puissant indicateur sur la nature des individus et sur le contexte depuis lequel ils s’expriment. Elle nous informe sur le genre, le sexe, l’âge, la position sociale, la situation géographique ou la personnalité. Elle peut décrire un physique, une taille, un poids, une profession. Elle trahit un état de santé, un état émotionnel et affectif. La voix raconte une histoire sur celle/celui qui parle et nous renseigne tout autant que son discours. Aussi personnelles qu’elles puissent paraître, nos voix sont construites par mimétisme. Nos façons de parler sont issues d’un répertoire, tout autant que notre vocabulaire se constitue de mots écrits par d’autres.

Située au centre du processus de communication entre les individus, la voix accompagne une parole, une langue, d’une dimension acoustique dite « prosodie ». Si nous attribuons une place prépondérante à cette dimension au sein de nos échanges, les combinaisons phonétiques sont en soi infinies. Le principe de mimétisme débute tôt dans une vie, à un moment où nos capacités vocales sont encore vastes et variées. Le babil en est un exemple concret chez l’enfant. Une partie de cette capacité vocale tombe dans l’oubli, au profit de l’apprentissage d’une ou plusieurs langues maternelles, dont les structures phonétiques sont réglementées et codifiées. Ce qui officialise une langue en tant que telle n’est finalement qu’une affaire de multiplication des corps mettant cette dernière en
pratique, en l’oralisant.
Pour cette performance audiovisuelle, on s’attachera à ce qui déborde, à tout ce qui fait oralité sans nécessité d’y trouver un sens commun. C’est à partir d’un corpus d’archives vidéos dont je m’offre le luxe d’articuler, que l’on voyagera au sein d’une mémoire collective des voix, m’appliquant à traverser des langues convenues comme subtiles, mystérieuses voire imaginaires. Un space-trip entre bruitage, proto-langage, lettrisme, lyrisme et compositions électroniques. Synchronisation (ou presque) et interactivité (ou presque) à la clé !

Johana Beaussart est artiste sonore, vocaliste et performeuse. Sa recherche se porte sur l’oralité, s’inspirant des structures des discours qui nourrissent une histoire collective de la parole, archivées par un ensemble de médias (radiophonie, télévision, cinéma, internet, téléphone, etc). Son attachement pour l’univers du doublage et les possibilités du langage l’amènent à développer une pratique de la voix jouant sur des notions d’illusions, d’imitations et d’apparences. Elle expérimente divers modes de présentation – radiophonie, installation, performance, concert. Depuis un peu plus d’un an, elle se consacre à la composition, alliant sa voix aux machines électroniques et outils numériques. Son travail évolue vers une forme hybride entre musique et poésie sonore.