Festival des Cinémas Différents et Expérimentaux de Paris
22ème édition
frenesarit

The Return of Osiris

Essa Grayeb

Compétition #5

Diffusion live le samedi 17 octobre à 17:08 (UTC+2)

Synopsis

Le film entremêle de nombreux extraits de sources variées produits en Egypte entre 1976 et 2016 ; ces extraits trouvés sont montés pour reconstituer le discours de démission de Nasser le 9 juin 1967, lorsqu’il annonce sa démission suite à la guerre des Six-Jours et à la victoire d’Israël. En réorganisant ces diverses sources visuelles associées à ce discours, ce film met en lumière le défi que représente la transmission d’événements historiques et politiques par des moyens artistiques, et sur le pouvoir que détient le cinéma dans la construction d’une mémoire collective, en particulier pour les nations en situation post-traumatique.

PaysPalestine
Année2019
Format de diffusionNumérique
Durée13'45
Biographie

Né à Nazareth en 1984. Artiste visuel palestinien travaillant à travers différents médiums tels que la photographie, la vidéo, l’installation et le texte. Il a obtenu en 2019 une licence en photographie (BFA) à l’Académie d’art et de design Bezalel à Jérusalem.

Dans ses oeuvres, il aborde les notions de représentation, d’absence et de perte. Son travail est souvent issu d’un travail d’examination de ses histoires personnelles au sein d’une histoire et d’une mémoire collective. Il utilise l’art pour remettre en question les perceptions et explorer le médium lui-même, tout en tissant souvent des liens entre réalité et fiction. Son projet actuel est un commentaire sur la perception des événements historiques dans l’industrie cinématographique populaire ainsi que sur l’impact du cinéma populaire sur la construction d’une mémoire collective dans le monde arabe.

Essa vit et travaille à Jérusalem.

Texte du comité de sélection

The Return of Osiris est construit d’un montage de scènes de films de fiction et de séries télé à partir des années 70 jusqu’aux années 2000 relayant les réactions populaires face au discours de Nasser suite à la défaite de la guerre des 6 jours et l’annonce de sa démission. Les images fictionnelles sont variées mais univoques par le désespoir généralisé et unanime dû au discours présidentiel.

Quelle lecture faire de ce montage de séquences fictionnelles que l’on regarde avec la curiosité de la découverte lorsque l’on ne connaît pas le cinéma égyptien, tout en étant intrigué.e et ému.e par la représentation répétée de ce sentiment profondément partagé par tout un peuple ? 

A rebours des films de found footage ironiques, critiques et consensuels auxquels le public expérimental est habitué, la vidéo d’Essa Grayeb élabore une pensée complexe et subtile - mais aussi inconfortable, dérangeante - autour de la capacité des images à construire une mémoire collective et les usages politiques que l’on en fait.

(G.M.)
Entretien

FCDEP

Pouvez-vous revenir sur la genèse de votre projet ? Pouvez-vous nous expliquer le titre de votre film ? 

Essa Grayeb

Ce projet fait partie d’un ensemble plus vaste de travaux sur lesquels j’ai travaillé ces dernières années et qui résonne avec un souvenir d’enfance d’un portrait de Gamal Abdel Nasser accroché au mur du salon de la maison de ma grand-mère en Galilée. J’ai grandi en croyant que le personnage de ce portrait était mon oncle, j’avais l’habitude de chercher son portrait dans chaque maison que je visitais dans mon enfance. J’ai intitulé mon film Le Retour d’Osiris dans le but de mettre en lumière le processus et le voyage que j’ai fait pendant la réalisation de ce projet.

 

L’une des histoires les plus élaborées et les plus influentes de la mythologie égyptienne ancienne est celle d’Osiris, un roi primitif d’Égypte qui a été tué par son frère Seth. Seth a trompé Osiris en le faisant entrer dans une boîte, que Seth a ensuite fermée, scellée avec du plomb et jetée dans le Nil. Dans une version du mythe, Seth a déchiré le corps en quatorze morceaux et les a dispersés dans tout le pays pour qu’ils ne soient pas retrouvés. Isis (la femme d’Osiris) rassembla toutes les parties du corps et les banda ensemble pour un enterrement digne de ce nom. Les dieux ont été impressionnés par la dévotion d’Isis et ont ressuscité Osiris en tant que dieu des enfers et de l’au-delà. “Le pharaon égyptien moderne” est un titre pour lequel Gamal Abdel Nasser était connu ; un pharaon pour lequel son discours épique de démission a été déchiqueté en morceaux, puis dispersé dans différentes œuvres cinématographiques. Ce projet tente de ramener ces morceaux et de les embaumer pour ressusciter le discours original ; de la même façon qu’Isis a ressuscité Osiris.

FCDEP

Combien de temps a duré la réalisation de votre film ? 

Essa Grayeb

Comme dans le cas des projets de séquences trouvées, la recherche de matériaux pourrait être étendue ; dans mon cas, il m’a fallu environ un an pour chercher le contenu à inclure dans ma séquence vidéo. J’ai commencé à demander à des personnes de mon entourage proche, comme ma famille et mes amis, puis j’ai commencé à envoyer des messages et des courriers électroniques à des personnes spécifiques qui m’ont été recommandées. Au cours de ce processus, j’ai compilé une liste de noms de films et de séries télévisées dans lesquels je pouvais trouver des segments du discours de Gamal Abdel Nasser, l’étape suivante a été de commencer à scanner ces sources pour rechercher les segments spécifiques. L’étape suivante a été le montage vidéo, dans lequel le discours a été reconstruit selon le texte original. 

FCDEP

J’ai constaté qu’à travers cet événement historique, vous recomposez une histoire du cinéma égyptien. Que pensez-vous de la relation entre le cinéma et l’histoire ? Pensez-vous que les films de cinéma sont un matériau cinématographique sur lequel vos créations émergent ?

Essa Grayeb

Nous pourrions apprendre beaucoup sur l’histoire d’une nation en regardant l’industrie du cinéma et la culture populaire. Parfois, cela nous donne même une perspective plus authentique de la réalité qu’un film documentaire. Ce qui est intéressant dans ce projet, c’est l’impact du cinéma populaire sur la construction d’une mémoire collective, surtout parmi les nations post-traumatisées.  

 

Le cinéma, dans ce cas, joue un rôle influent en étant un modérateur, en modérant cet événement historique et les moments de notre mémoire, dont certains d’entre nous n’ont pas été témoins, nous permettant de construire notre propre mémoire et expérience, et de devenir des témoins de seconde main de cet événement épique.